SOMMAIRE
MALATESTA.




Errico
MALATESTA








Né à Naples dans une famille bourgeoise, Errico Malatesta (1853-1932) commence une existence studieuse comme la plupart des jeunes gens de son milieu. Cependant, l'arrivée de Bakounine à Naples et la publication de ses théories anarchistes ralliaient bon nombre de travailleurs mais aussi une partie importante des intellectuels.

Peu après, la Commune de Paris soulevait l'enthousiasme en Italie et Malatesta, entraîné dans le tourbillon, adhère à l'A.I.T. et, en 1873, il crée la Fédération ouvrière napolitaine.

Militant anarchiste et compagnon de Bakounine, exclu avec lui de l'A.I.T., il participe au célèbre Congrès de Saint-Imier qui déterminera la doctrine anarchiste.

De retour en Italie, il organise de nombreuses grèves et soulèvements. Prenant la Commune pour modèle, pendant toute la période de 1873 à 1877, il publie des journaux appelant à la révolution et on le retrouve en première ligne, à la tête des manifestations partout en Italie.

Après de multiples aventures, coups de mains, arrestations, emprisonnements, il entreprend une tournée de propagande qui le conduira aux quatre coins de la planète où il propagera l'idéal anarchiste au cours de ses conférences, rencontrant les révolutionnaires locaux et participant à plusieurs insurrections populaires.

Internationaliste, Malatesta propose l'union des travailleurs du monde entier pour faire pièce à l'internationale du pouvoir bourgeois qui lui, a compris tous les avantages de la solidarité.

Comme les violences et les attentats se succédaient en Italie, le gouvernement décida de dissoudre toutes les organisations ouvrières et il interdit les réunions des anarchistes. C'est dans ce contexte difficile que Malatesta revint dans son pays pour y mener de nouveaux combats.


DES  VILLES  ET  DES  REGIONS  ENTIERES
TOMBENT  ENTRE  LES  MAINS  DES  REVOLUTIONNAIRES.

En 1914, il s'installe à Ancône, ville importante sur le plan social et théâtre de plusieurs congrès parmi lesquels celui du Parti républicain.

En soutien à de jeunes anarchistes emprisonnés, des grèves éclatent dans la ville. Elles s'étendent bientôt au point d'entraîner toute l'Italie dans le mouvement. Des villes et des régions entières tombent entre les mains des révolutionnaires. Mais les socialistes réformistes rassemblent toutes leurs forces et barrent la route à la révolution. Finalement, alliés aux carabinieri, ils réussiront à rétablir l'ordre bourgeois.

Pendant la Grande Guerre, les anarchistes italiens avaient été persécutés et incarcérés pour leurs opinions internationalistes et antimilitaristes mais, dès la fin du conflit, la propagande avait repris et les ralliements s'étaient additionnés au point de rivaliser en nombre avec les recrues des socialistes.

En 1920, à l'issue d'une réunion tenue par Malatesta, une fusillade éclata entre la police et des manifestants. Deux anarchistes furent tués. Une grève générale de protestation fut aussitôt organisée. Elle s'étendit rapidement à tout le pays. A cette occasion, les anarchistes inaugurèrent une nouvelle tactique. Au lieu des défilés traditionnels avec banderoles et slogans, ils occupèrent les usines avec appropriation aux travailleurs, ceux-ci devenant propriétaires du bénéfice de leur travail. Ces actes de dépossessions des propriétaires exploiteurs n'étaient rien d'autre que la mise en pratique des vieux principes anarchistes. Evidemment, Malatesta est partout; il court de réunion en réunion dans les usines occupées pour exhorter les ouvriers à tenir bon et à inciter les autres travailleurs italiens à suivre leur exemple. Mais, à la suite d'un affrontement sanglant avec la police, Malatesta est arrêté et incarcéré jusqu'au rétablissement de l'ordre. Car à nouveau, les socialistes réformistes feront échouer la révolution et ouvriront ainsi la route au fascisme mussolinien.

A côté des théoriciens historiques de l'anarchie, Malatesta occupe une place privilégiée. Pleinement anarchiste, ayant étudié les aînés comme Proudhon et Bakounine, commentateur, conférencier, écrivain de l'anarchie, il entre sur la scène sociale au tournant du XIXe siècle, en pleine période d'affrontement entre les socialismes autoritaire et antiautoritaire.


MALATESTA  N'EST  PAS  SEULEMENT  UN  IDEOLOGUE.

Malatesta n'est pas seulement un idéologue, c'est aussi un acteur de terrain, toujours présent sur la barricade, lors des grèves, manifestations, insurrections. Il a une connaissance sans pareille du peuple, des travailleurs, de leur condition, de leurs combats. Son enseignement est précieux puisqu'il est le seul anarchiste de son temps à avoir mis en pratique avec constance et détermination, avec une énergie de tous les instants, les formes de lutte les plus diverses contre l'oppression.

Les réticences des anarchistes envers toute organisation, tout embrigadement sont bien connues, et Malatesta comprend et approuve. La liberté ne se partage pas. L'anarchiste tient à son autonomie comme l'avare à son trésor. Rien n'est plus précieux. Mais, objecte Malatesta, en entourant son commentaire de ménagements pour ne pas effrayer l'individualisme ombrageux de ses interlocuteurs, la liberté, l'autonomie, ces biens inestimables sont menacés. L'Etat et les possédants conspirent et, déjà, ils dominent le peuple de leurs lois répressives; ils préparent d'autres forfaits. Pour leur faire échec, pour reconquérir les libertés perdues, il faut s'organiser, s'unir peut-être provisoirement d'ailleurs, mais opposer un bloc déterminé à l'agression. La dispersion des anarchistes leur a coûté cher alors qu'unis, ils sont les plus forts. L'homme est un être sociable et, dans une perspective d'entraide et de progrès, il doit consentir à entrer dans des mouvements structurés pour, coude à coude, atteindre des buts supérieurs inaccessibles aux initiatives individuelles.

Un autre obstacle au changement social réside dans la division des travailleurs entre anarchistes et réformistes. Conscient de l'impossibilité pour la révolution d'aboutir à des résultats tangibles aussi longtemps que le peuple combattra en ordre dispersé, Malatesta propose une alliance de circonstance de tous les mouvements populaires pour arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie. Mais, ajoute-t-il aussitôt, dès que l'objectif sera atteint, les anarchistes devront se retourner contre leurs alliés d'un moment, car la forme que le socialisme réformiste veut donner à la Société est incompatible avec un idéal de liberté.

Pour améliorer le sort des travailleurs, les anarchistes ont créé des syndicats dont le rôle social et le dévouement envers les faibles a soutenu le combat du peuple contre les injustices. Mais, prévient Malatesta, si l'anarcho-syndicalisme est indispensable et doit être encouragé, il ne peut être qu'un moyen parmi d'autres pour préparer la révolution. Celle-ci ne concerne pas seulement les travailleurs mais elle doit aussi libérer l'ensemble de la Société et même le monde tout entier. La propagande à travers les syndicats a permis de convaincre de nombreux travailleurs de rejoindre les rangs anarchistes. Mais les syndicats sont proches du pouvoir. Ils sont intégrés dans les structures de l'Etat et servent de relais, d'auxiliaires de ce dernier. Le danger d'une collaboration avec l'ennemi de classe existe. De plus, le permanent d'un syndicat, même précédemment anarchiste, ne peut être considéré que comme un adversaire car il a tout du fonctionnaire, depuis son autoritarisme jusqu'au dévouement exclusif envers l'institution qui le fait vivre.


LA  GUERRE  CONCERNE  LES  ETATS  CAPITALISTES
ET  LEURS  RIVALITES.

La guerre de 1914-1918 avait exacerbé les sentiments et divisé les anarchistes en patriotes et antimilitaristes. Malatesta rappelle fermement que les anarchistes sont internationalistes et il regrette amèrement les prises de position en faveur de l'un ou de l'autre des belligérants. Les anarchistes ne peuvent pas faire de distinction. La guerre concerne les Etats capitalistes et leurs rivalités. Des deux côtés du front, la guerre se fait avec la chair du peuple, ce peuple exploité et affamé en temps de paix et envoyé au carnage en temps de guerre.

Comme tous les anarchistes, Malatesta salue la révolution d'Octobre en Russie et l'espoir qu'elle porte en elle. Mais bien vite, son analyse évolue avec la montée de l'intolérance léniniste et les méthodes autoritaires du parti communiste. D'abord acculé à la prudence par l'alliance momentanée tentée avec les réformistes lors des événements de 1920, il prend vite ses distances et regarde dès lors le soviétisme comme une révolution politique alors que le socialisme anarchiste est d'abord social. Finalement, devant le développement des excès en U.R.S.S., il assimilera le régime au fascisme.

Infatigable combattant de la liberté, Malatesta reste un exemple pour tous, de droiture d'abord, il n'a jamais transigé sur les principes anarchistes, de courage ensuite, il a toujours été le premier dans l'action. Il symbolise ce que tous les anarchistes devraient être : la fermeté de l'esprit et la vaillance du cœur.